Une réponse troublante du personnel soignant
Le lendemain de l’accouchement, Bibia demande à voir son bébé. La réponse qu’on lui oppose est sans appel : l’enfant serait décédé pendant la nuit. Pire encore, lorsqu’elle insiste pour voir le corps de son fils — une demande pourtant légitime pour toute mère endeuillée — on lui refuse catégoriquement cet accès, sous prétexte que cela serait “interdit”. Une infirmière va même jusqu’à lui répéter sèchement : “Je vous ai déjà dit hier qu’il était mort.”
Ce refus d’accès au corps, combiné à l’absence de tout document ou certificat clair, constitue précisément le type d’anomalie qui, à l’époque, alimentait les soupçons de nombreuses familles concernant d’éventuels trafics de nouveau-nés dans certains établissements hospitaliers.
Un contexte historique marqué par les soupçons de trafics de bébés
Comme le rappelle Sabrina sur le plateau de Ça commence aujourd’hui, les années 1960 correspondent à une période où plusieurs témoignages, en France comme dans d’autres pays, font état de pratiques troubles au sein de certaines maternités : de faux certificats de décès délivrés à des mères, des nouveau-nés déclarés morts sans qu’aucun corps ne soit jamais présenté, ou encore des adoptions organisées en dehors de tout cadre légal, parfois au profit de familles aisées ou influentes.
“On savait que les gens qui étaient riches et qui avaient un peu de pouvoir pouvaient s’acheter des bébés à l’époque”, confie ainsi Sabrina, résumant les soupçons persistants de sa mère depuis plus de six décennies. Ce type de témoignage fait écho à d’autres affaires révélées ces dernières années dans plusieurs pays, où des associations de victimes se sont constituées pour tenter de faire éclater la vérité sur ces pratiques, parfois des décennies après les faits.
Trois bébés “décédés” la même nuit
Un détail rapporté durant l’émission interpelle particulièrement : après son accouchement, Bibia est transférée dans un autre hôpital où elle se retrouve entourée d’autres jeunes mères à qui l’on a tenu le même discours — leur bébé serait mort. “Trois bébés n’ont pas pu décéder comme ça”, relève Sabrina, soulignant l’incohérence statistique et médicale d’une telle coïncidence. Cette accumulation de cas similaires, dans un laps de temps très court et au sein du même établissement, renforce les doutes de la famille quant à la version officielle donnée à l’époque.
Soixante-et-un ans de doute et d’espoir
Depuis cette nuit de 1964, Bibia vit avec la certitude intime que son fils n’est pas mort, mais qu’il lui a été retiré. Chaque soir, avant de s’endormir, elle pense à cet enfant qu’elle n’a jamais pu tenir dans ses bras plus de quelques instants. Un fardeau émotionnel porté en silence pendant des décennies, avant qu’elle ne trouve enfin la force de le partager publiquement, entourée du soutien de sa fille.
Car pour Sabrina également, cette histoire a une place particulière dans la construction de son identité familiale. “On n’est pas six, on est sept”, confie-t-elle avec émotion, intégrant d’emblée ce frère disparu dans le décompte de la fratrie, comme une manière symbolique de lui redonner une existence.
Vers une possible recherche des origines
Aujourd’hui, malgré les années écoulées, Bibia garde espoir de retrouver un jour cet enfant qu’on lui a arraché à la naissance. Sabrina, elle, rêve de pouvoir un jour rencontrer ce frère dont elle n’a toujours entendu parler qu’à travers les silences et les larmes de sa mère.
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